Frédéric Beigbeder - Premier bilan après l'apocalypse - 2011
Frédéric Beigbeder vient de sortir son Premier bilan apres l’apocalypse. Ce n’est pas un recueil de textes sur ses auteurs préférés, ni sur les livres préférés de ces auteurs comme il le présente partout. Première escroquerie : ce livre est un recueil d'articles déjà parus dans la presse (voir celui sur Nabe dans Voici, mais aussi quelques exemples ici, là ou là), ce qui explique pourquoi certains s’étonnent qu’il ait choisi tel livre d'un auteur plutôt qu’un autre, comme par exemple, Passion Fixe de Sollers, ou Plateforme de Houellebecq, et bien sûr Nabe. Evidemment il a tout à fait le droit de publier un tel recueil comme l'ont déjà fait Besson ou Nabe, mais encore faut-il le présenter comme tel ! D’ailleurs, le pauvre Beigbeder est toujours obligé de rendre des comptes sur son choix de livres, et s'il y a bien un article qui ne passe pas, c’est celui sur Nabe dont il doit systématiquement se justifier, comme dans cette chronique de Catherine Millet, cette interview radio de Bouvard, celle de Frédéric Bonnaud, ou encore l’incroyable sortie inaugurale d’Alexis Lacroix dans l’emission d’Isabelle Giordano, Les Affranchis (tu parles d’affranchis !). Alexis Lacroix n’avait pourtant pas l’air si hostile à Nabe quand Michel Field lui fit plutôt bien critiquer Alain Zannini en 2002 sur Paris Premiere, lui qui depuis est devenu le larbin modérateur des débats de La Règle du jeu... En matière de recyclage, Beigbeder a même été jusqu'à copier la présentation de ses chroniques dans Voici : une biographie qui suit la critique du livre. C’est l’occasion pour lui de dire tout le bien qu’il pense des auteurs choisis et dans de plus rares cas, tout le mal. Nabe hérite ainsi d’une des seules notices biographiques négatives, ce qui n'a pas échappé à l'excellent Jérôme Dupuis. On ne va pas s’amuser à la décortiquer, mais si Beigbeder pense que Nabe n’est plus bon à rien depuis l’an 2000 (comme par hasard depuis le moment où ils ne se fréquentent plus, ce dont Beigbeder continue de souffrir, comme on peut le voir dans Paris Match et Transfuge), pourquoi donc avait t'il écrit un article élogieux sur Alain Zannini (2002) ? Faut-il que sa souffrance soit aigüe pour prendre le risque de balayer Une Lueur d'espoir (à laquelle il a consacré une émission entière !), Alain Zannini, Printemps de feu, J'enfonce le clou, les tracts, Le 27e livre, et enfin L'Homme qui arrêta d'écrire... Drôle de sous-Jean-Edern Hallier...
La seconde escroquerie, c'est sa défense soutenant la pitoyable démarche protectionniste et corporatiste de Jean-Marc Roberts : défense de la librairie et du livre papier. Ça ne nous échappe pas qu’il s’agit d’une attaque d'un Beigbeder qui ne comprenant rien, confond le compte d’auteur et l’anti-edition... Qui est-il pour défendre à ce point le livre papier, lui qui laisse sortir des livres à la confection de merde, et qui touche des droits d’auteur sur ses livres vendus au format numérique, pour lesquels il a signé à son éditeur le droit de les publier ainsi ? On passera sur la copie du terme « Making Of » titrant sa préface déjà utilisé pour L’Affaire Zannini... Le plus drôle est que cette préface qui fustige le numérique sera dans un an disponible, en numérique bien sûr, via Apple, Amazon et la Fnac...
Une liste de 100 livres préférés... a priori, rien à voir avec Nabe... quoique... il y a 100 ans déjà, John Cowper Powys publiait déjà un livre sur ses 100 livres préférés... avec une préface défendant la subjectivité de son choix et de son classement par ordre de préférence... Quel destin plus triste que d’avoir voulu être Marc-Édouard Nabe et de finir en sous-Éric Neuhoff ?






Numéro 53 : « Journal » de Marc-Edouard Nabe (1983-1990)
Lundi 27 mars 2000. Il fait froid et j'ai sommeil en me réveillant. Chloë a attrapé une otite. Je lis l'interview de Caroline Barclay par Patrick Besson au début de
Voici : parfait, les questions sont plus longues que les réponses comme tous les lundis. J'ai reçu le journal de Nabe ce matin : il fait 1300 pages. Qu'est-ce qu'ils ont tous à publier des livres gigantesques ? Assayas, Zagdanski, et maintenant Nabe. Mais c'est Proust qui a commencé. Je feuillette
Kamikaze, le quatrième tome de la vie de Nabe (1988-1990). L'existence de ce garçon est aussi chiante que la mienne. Il quitte sa femme, puis revient, il en aime une autre, puis la quitte, et soudain sa femme attend un enfant. Il regarde la télé, lit les journaux, déjeune avec des cons, s'engueule avec des amis, part à Istanbul, écoute des disques. A la fin sa femme accouche, alors il pleure de rage et s'évanouit de joie.
Mardi 28 mars 2000. Hier soir j'ai mal défendu le journal de Nabe à la télé : Viviant a dit que personne n'allait lire ça et j'aurais dû lui rétorquer qu'il prenait son cas pour une généralité. Tant pis, je décide de mettre Viviant sur la même page que Nabe dans mon livre, ça lui fera les pieds. Chloë n'a plus de fièvre. Delphine et moi en profitons pour sortir dîner chez Claudio (Le Monteverdi, rue Guisarde, à Paris). Nous nous saoulons de chianti classico. Avant de m'endormir, je replonge dans le journal de Nabe, captivant comme un sitcom brésilien. Jour après jour, j'entre dans sa vie, je me fâche avec Sollers et Hallier, j'écris des papiers dans
l'Idiot international, je discute avec Albert Algoud et Arletty, Jackie Berroyer et Lucette Destouches, j'insulte des gens, j'en admire d'autres. Je m'endors intelligent.
Mercredi 29 mars 2000. Enfin du soleil : Chloë m'a mis le doigt dans l'œil pour me réveiller. Je poursuis ma lecture de
Kamikaze. Amusant : tous les titres du journal de Nabe sont écrits dans des langues différents. Tome 1 :
Nabe's dream (anglais). Tome 2 :
Tohu-Bohu (français). Tome 3 :
Inch Allah (arabe). Tome 4 :
Kamikaze (japonais). Ce type est bel et bien cinglé. Je repasse à la télé ce soir mais cette fois personne ne pourra me contredire quand je clamerai que Marc-Edouard Nabe est un fou génial. Je recopie une de ses phrases : « Mon cœur se retourne dans sa poitrine comme un mort dans sa tombe.»
Jeudi 30 mars 2000. Les journées se suivent et se ressemblent. Delphine part travailler, Chloë ressemble à un coquillage. Je lis toujours
Kamikaze et vous devriez tous faire comme moi. Lire les aventures ordinaires d'un « personnage émotif et cruel ». Tout d'un coup, je réalise quelque chose : puisque Nabe recopie dans son journal tous les articles qui parlent de lui, cela veut dire que celui-ci figurera dans son tome 9 (1998-2000) ! Ainsi mon journal squattera dans le sien ! Je suis fier de m'incruster dans une pareille entreprise gloutonne et titanesque.
Vendredi 31 mars 2000. « Plus on connaîtra ma vie dans les moindres détails, plus je serai libre. » Marc-Edouard Nabe est l'autobiographe le plus courageux du monde car il publie tout de son vivant, sans rien corriger, en laissant les vrais noms. Personne n'a jamais fait ça. Il se fout à poil en public, court tous les risques.
Kamikaze aurait pu s'intituler
Dans la peau de John-Edouard Nabe; c'est l'ultime strip-tease mental, la « presse people » de la littérature, une véritable drogue dure. Chloë ne pleure plus, Delphine non plus. C'est bien d'avoir deux femmes chez soi.
(Note de 2011 : malheureusement, Nabe a cessé de tenir son journal intime en 1990, Kamikaze en fut le dernier tome. Depuis, je ne vis plus avec Delphine, et Nabe publie ses livres à compte d'auteur.)