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    Accueil Sur Nabe Presse 1999
    1999

    Nabe à l'oral – Jérôme Garcin, La Provence, 8 août 1999

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    Nabe à l'oral – Jérôme Garcin, La Provence, 8 août 1999

    A l'entendre, à le lire, il semble avoir tous les défauts : caractériel, égoïste, impudique, méchant, masochiste, mégalomane. Il suffit de se souvenir de sa première prestation à « Apostrophes », en 1985, où il proférait des âneries sur un ton sentencieux pour mesurer à quel point, il est capable d'en rajouter pour se faire du tort. Saint Sébastien ne s'offrait pas aux flèches avec plus de plaisir que Marc-Edouard Nabe, à ses contemporains. Il a si bien réussi à tout faire pour n'être pas aimé, ni lu, qu'on est nombreux à l'avoir longtemps ignoré.Et puis le temps a passé. Nabe a beaucoup écrit. Une vingtaine de livres. Ses éditeurs s'appliquant à ne pas me les adresser, je n'ai découvert, par hasard et curiosité, que certains titres et j'ai eu raison. Trois d'entre eux, « Nuage », « L'Ame de Billie Holiday » et « Visage de Turc en pleurs » sont de grands livres. Aujourd'hui, Marc-Edouard Nabe a le culot de rassembler, dans un gros volume (« Coups d'épée dans l'eau », Le Rocher, 580 p., 195 F.), tous les entretiens que, depuis le fatidique « Apostrophes » déjà cité, ce contempteur des médias a bien voulu accorder... aux médias. Ses questionneurs favoris : Michel Polac, Pierre Bouteiller, Jacques Chancel, Thierry Ardisson, Laurent Ruquier. On s'attend à quinze années de jérémiades et d'auto-glorification. C'est tout le contraire.D'abord, Nabe parle bien et juste – la transcription littérale de ses interviews révèle un talent d'orateur cicéronien. Souvent invité, mais jamais dupe, il joue et se joue à la fois du micro. Ensuite, il est formidablement cultivé, parle aussi bien de cinéma (Murnau, Welles, Pasolini, Godard) que de littérature (Rimbaud, Céline, Bloy, Suarès), de peinture (Picasso) que de jazz (Duke Ellington, Monk, Count Basie).Pourtant, on ne sera pas étonné qu'il excelle dans la philippique, brocardant Brasillach, Gide, Debord, Duras, la psychanalyse, les romans policiers, la presse, lui-même enfin : « Profession ? Petit technicien du lyrisme », lâche-t-il en 1998.Le mérite de ce volume est double : il montre, de manière implacable, pourquoi, à 26 ans, un écrivain débutant, tendance fanfaron, s'est laissé piégé par la télé et comment il a, travaillant son personnage comme un acteur son rôle, remonté la pente malgré l'ostracisme de ses accusateurs. Et puis, il donne l'occasion à ce diariste de rédiger oralement son autobiographie, de montrer ses forces et ses faiblesses, de livrer quelques secrets, notamment celui-ci : «Je me vois comme un ange rebelle, et quand je dis ange, ce n'est pas pour mettre en valeur certaines de mes qualités naturelles, c'est pour bien signifier que j'ai toujours l'impression de vivre comme étant après ma mort. Vivre posthumement sa propre existence est un atout pour l'art ».A propos de confession, tous les Marseillais ne goûteront pas forcément ce que cet adepte de Suarès, d'Artaud et de Daumier dit ici de sa ville natale et, pourtant, il en parle très bien.
    Attaché à casser le folklore phocéen, à prouver qu'il a un tempérament « portuaire », il affirme que « Marseille est une ville à la fois magnifique et complètement pourrie, comme Naples et Istanbul, dont je viens aussi ». Dire ce qu'il pense, ce qu'il est, ce qu'il vit, sans le souci de plaire à autrui mais avec le souci de se plaire, de se déplaire le moins possible, tel est donc Marc-Edouard Nabe.

     

    Dossier sur "Les imposteurs du politiquement incorrect" - L'évènement - 17 juillet 1999

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    Dossier sur "Les imposteurs du politiquement incorrect" - L'événement - 17 juillet 1999

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    Dossier : Les imposteurs du politiquement incorrect, par Patrice Carmouze

    (...)
    Quelles sont les phobies et les armes des 7 mercenaires du politiquement incorrect ?

    Michel Houellebecq, l'anti-jouissif
    Régis Debray, le national républicain
    Paul-Marie Coûteaux, le monarcho-républicain
    Jacques Vergès, l'anti-droit de l'hommiste.
    Jean Baudrillard, le postmoderniste
    Bernard Maris, le gauchiste anti-marché
    M-E. Nabe, l'anarchiste de droite
    Pour lancer son premier livre en 1985 (il a 25ans), il ne trouve rien de mieux que de tenir des propos antisémites sur le plateau d'"Apostrophes". "Une réflexion isolée de son contexte", plaidera le Figaro, avec une complaisance jamais démentie pour ce jeune homme aussi propre sur lui que sale dedans. Croyant sans doute qu'il suffisait de singer Céline pour en avoir le talent, Marc-Edouard Nabe s'échine laborieusement à franchir la ligne jaune qui ouvre sur le club des anarchistes de droite. Car s'il a beau s'inscrire dans la tradition des affreux extrémistes - de Rochefort à Léon Bloy-, c'est moins par l'excellence et la virulence de sa plume, que par ses resucées réactionnaires : Marguerite Duras, SOS racisme, Serge Gainsbourg, Serge July, la gauche évidemment, Coluche pourquoi pas. Autant de têtes de Turc absolument originales, et semble-t-il indispensables, pour se rendre infréquentable.
    (...)
    Mais que penser de contributions d'anarchistes de droite comme Marc-Edouard Nabe et Patrick Besson ?
    [...]
     

    Guy Scarpetta parle de Nabe dans un article sur "les nouveaux réactionnaires" - Art Press - juillet 1999

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    Guy Scarpetta parle de Nabe dans un article sur "les nouveaux réactionnaires" - Art Press - juillet 1999

    Guy Scarpetta parle de Nabe dans un article sur

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    Guy Scarpetta parle de Nabe dans un article sur

    Les nouveaux réactionnaires

    [...]
    Ainsi : Marc-Edouard Nabe, dans son diptyque Oui et Non (exercice simultané d'admiration et d'exécration) (6) : "Regardez bien ! Les maoistes sont parout ! Aux postes clés de la politique, de la culture et de l'industrie (...) Il y a toujours un "ex"-trotskiste soi-disant repenti à la tête d'une entreprise florissante" ; et Nabe de dénoncer, dans la foulée, "des soixante-huitards aux néo-situ, trois générations de fripouilles humanisantes magouilleuses de faux bons sentiments".
    [...]

    Les deux livres de Nabe, d'abord : où s'inscrit, masqué par la boursouflure du style (mais le style lui-même n'est pas innocent, ici, qui s'apparente d'évidence à celui des pamphlétaires classiques de l'extrême droite, à commencer par Rebatet), la logique "perverse" qui consiste, sous prétexte de prendre le contre-pied systématique d'une gauche consensuelle, morale, bien-pensante, à se contenter d'en inverser les thèmes, au risque de sombrer purement et simplement dans l'igominie. D'où, par exemple, l'apologie de l'excision ("Je me demande de quoi se mêlent les petites bourgeoises qui s'offusquent de l'excision. Je trouve inadmissible la récupération féministe d'un rite qui ne nous regarde pas."), l'homophobie délirante (le flot d'invectives fascinées suscitées par la Gay Pride, et titré "le Carnaval des enculés"), les insultes déversées sur Salman Rushdie ("Le Salman à sa mémère, le poltron complet à protéger, l'endive notoire sans talent, le musulman honteux des minables fictions satiriques"), ou cet inénarrable "poème" à la gloire du terrorisme islamiste ("Ce qui fait trembler l'Ocident/Prosterné devant Internet/C'est l'oeil-pour-oeil, le dent-pour-dent/Mal supporté par les mauviettes")... Inutile d'insister : c'est là le relief même d'un discours fascistoide (se présentant, comme tous les discours de ce type, comme un "non-conformisme", fondé sur la haine de "l'Occident décadent")...
    [...]

    Noguez a l'habileté d'être suffisamment ouvert, allusif, pour éviter la plupart du temps d'apparaître dans la posture (celle de Nabe ou de Muray) du donneur de leçons.
    [...]

    Pour Muray, le fascisme français ne présente strictement aucun autre danger que celui d'avoir suscité des adversaires bien-pensants. Même logique, au demeurant, chez Marc-Edouard Nabe : "Le seul danger du Front national (c'est encore moi qui souligne), c'est qu'il va finir par empêcher tout esprit libre de s'exprimer contre ceux qui sont contre lui"; ou encore : "Le Pen est le pot autour duquel il faut tourner. Un parti qui serait celui de ceux (sic) qui ne sont pas pour Le Pen mais seulement contre les anti-lepénistes reste à fonder."
    [...]

    Je n'en veux pour preuve que le n° 94 (février 1999) de la revue d'Alain de Benoist, Eléments : où l'on trouve, à côté d'un long article pourfendant la pornographie dans l'art contemporain, un texte expliquant dans des termes très voisins de ceux de Nabe et Muray, que l'"antifscisme contemporain" fait "d'un néo-fascisme imaginaire une menace omniprésente" pour mieux fire accepter "toutes les pathologies du monde actuel"
    [...]

    C'est dire que je ne soutiens nullement que tous ceux dont je parle (j'en excepte Nabe, dont l'antisémitisme est public) soient à proprement parler suspects d'attirances fascisantes.
    [...]

    Quant à Nabe, il est bien entendu le plus vicieux : un ostensible culte de l'art imprègne bien ses exercices d'admiration, où certains cinéastes parmi les plus grands (Pasolini, Fassbinder) côtoient les plus médiocres (Clouzot), où figurent en outre de grandes pages lyriques sur le jazz (mais aussi, malgré la réputation de Nabe en ce domaine, de lamentables platitudes : "Il n'y pas qu'à l'alto qu'Ornette excelle ! Il joue aussi du violon et de la trompette : il faut voir comment") - cela ne suffisant pas à dissimuler la position de fond qui est la sienne, et qu'il affiche d'ailleurs ouvertement : "Les modernes contre les contemporains, voilà le combat d'aujourd'hui" ; "Parler des vivants, je trouve cela morbide (...). Je préfère les morts."
    [...]

    Nabe ? Etrange cas : où le style s'est hypertrophié (non sans virtuosité, parfois) au détriment de toutes les autres qualités qui font un vrai romancier.
    [...]

    (6) Oui et Non, éditions du Rocher. Je ne sais pas trop pourquoi ce double dispositif me fait irrésistiblement penser à une rengaine stupidissime d'il y a une trentaine d'années : "Ou c'est oui, ou c'est non ; c'est comme-ci, ou comme-ça ;ou tu veux , ou tu veux pas..."

     


     

     

    Berroyer parle de Coups d'épée dans l'eau dans sa chronique de Vibrations - juillet 1999

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    Berroyer parle de Coups d'épée dans l'eau dans sa chronique de Vibrations - juillet 1999

    Berroyer parle de Coups d'épée dans l'eau dans sa chronique de Vibrations -  juillet 1999

    [...]
    Et les Matchboxx pourront lire Nabe qui n'aime pas l'humour mais qui s'en sort très bien.
    Pas de meilleure présentation de Nabe que ses "Coups d'épée dans l'eau" (Editions du Rocher). Tout l'oral radio télé de l'écrivain (20 livres en 15 ans), des rencontres avec les gens les plus divers. Peu à peu débarrassé de l'étiquette de crypto-vichyste qui cachait la forêt des défauts intéressants, Nabe émerge, jaillit tel un flot de - à vous de trouver le mot - pour la jeunesse, qui commence à savoir qu'il y avait de la part des medias crime par omission. Ce qui nous renvoie à son évocation d'Ernest Hello dans ce recueil passionnant où il s'entretient aussi bien avec Ornette Coleman qu'avec Jacques Chancel ou Djamel Debbouze.
    [...]
     

    Didier Daeninckx parle de Nabe - Mauvais temps - 1er juillet 1999

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    Mauvais temps, 1er juillet 1999

    mauvtem2

    Engagés pour le pire...
    Jean-Edern Hallier, l'extrême droite et la guerre des Balkans

    Par Didier Daeninckx

    Limonov, accroupi à droite avec les "chiens de guerre" de Transnistrie.

    Aux premiers jours de cette nouvelle guerre des Balkans qui ne devait durer qu'une semaine, plus de dix mille personnes manifestaient à Paris contre la purification ethnique et les exactions du dictateur serbe Milosevic, contre les frappes aériennes. La majeure partie réclamaient l'organisation d'une conférence internationale consacrée aux Balkans. La presse a beaucoup insisté sur la présence d'ultra-nationalistes serbes squattant la fin de cortège, de militants de la Nouvelle-Droite d'Alain de Benoist déguisés en pacifistes. Au tout début de cette décennie, alors qu'éclatait la première guerre du Golfe, il en était de même, et les partisans d'une solution négociée épargnant les peuples se trouvaient confrontés à une manoeuvre identique de faux rouges et de vrais bruns alignés sur le soutien au régime de Saddam Hussein.

    Personne alors n'avait identifié le nouveau monstre en gestation, cette obscène alliance des contraires, qui se constituait sur les décombres de l'Union soviétique, sur les débris du socialisme autoritaire. Ceux qui enquêtaient sur cette question ne parvenaient pas, alors, à faire partager leur indignation née, par exemple, de la lecture de L'Idiot International de Jean-Edern Hallier. Cet hebdomadaire était un véritable laboratoire idéologique où, sous couvert d'anti-américanisme, d'anti-mitterrandisme, d'anti-sionisme, on redonnait des couleurs neuves à l'antisémitisme, où sous les apparences de la phraséologie révolutionnaire, on réhabilitait en fait la vieille pensée de l'extrême-droite française, celle de Barrès, de Maurras, de Daudet fils, de Drieu La Rochelle. La confusion était alors à son comble, et un ex-dissident soviétique, Edward Limonov, pouvait combattre les civils bosniaques dans une milice d'épurateurs ethniques serbes, et publier ses "journaux de guerre" à la fois dans l'hebdomadaire communiste Révolution et dans le mensuel lepéniste Le Choc du Mois !

    Par la suite, il rentrera en Russie pour diriger un parti néo-nazi baptisé "Parti National Bolchevique"... Dans ce pays à la dérive, il ne se passe pas un mois sans qu'un député affilié au Parti Communiste de la Fédération de Russie ne prononce des propos scandaleux. C'est Albert Macharov qui déclare "Il faut envoyer dans l'autre monde au moins une dizaine de youpins, usuriers et buveurs de sang", c'est Viktor Ilioukhine qui tient les Juifs pour responsable du "génocide du peuple russe". Cela n'a entraîné aucune protestation publique du responsable de ce parti, Guennadi Ziouganov qui vient de publier en France La Russie après l'an 2000 avec une préface du général "pacifiste" Pierre-Marie Gallois, proche de Chevénement et membre du comité de rédaction de la revue de la nouvelle extrême-droite Eléments.

    Avec les Serbes

    En mai 1992, une réunion fût même conjointement organisée, à Paris, par une revue communiste et Krisis, la revue de la Nouvelle-Droite. Cela provoqua une crise salutaire et une prise de conscience du danger. Une déclaration du secrétariat du Pcf condamna nettement ces dérives et menaça de sanctions les militants qui s'en rendraient complices. Aussi pouvait-on s'étonner de lire, quelques mois plus tard dans L'Humanité, de longues interviews de Roger Garaudy, malgré ses participations publiques aux colloques du GRECE, laboratoire d'idées de l'extrême-droite, et ses collaborations au trimestriel néo-nazi placé sous l'égide de Jacques Doriot, "Nationalisme et République". Quelques temps plus tard, il signera un livre négationniste et se verra condamner pour contestation de crimes contre l'humanité.

    Tout au long du drame des peuples de l'ex-Yougoslavie, les mêmes bourreaux se sont trouvés les mêmes complices pour répondre "Présent". C'est Patrick Besson, qui dans ses livres "Avec les Serbes" ou "Coup de gueule contre les calomniateurs de la Serbie" tente d'exonérer ses amis Karadzic et Mladic de leurs crimes, c'est l'ex-anarchiste Thierry Séchan qui appelle au sursaut des écrivains de droite dans un éditorial de l'hebdomadaire moribond Minute.

    C'est aujourd'hui une pétition intitulée "Contre la guerre" mais épargnant surtout le dictateur Milosevic, rédigée par le bras droit du gourou de la Nouvelle-Droite Alain de Benoist, et au bas de laquelle on trouve sans surprise les signatures du lepéniste Jean-Mabire, éditorialiste à National Hebdo, du mégrétiste Claude Rousseau de la revue Identités, des gens du GRECE comme Pierre Bérard, de toute la rédaction de la revue néo-fasciste Eléments, de Patrick Besson, et où certains seront surpris de trouver également Gilles Perrault, le chanteur Renaud, et quelques écolos en perdition avant qu'ils ne fassent prudemment machine arrière. Charles Conte et Guy Hennebelle, les animateurs de la revue Panoramiques, lieu d'expression privilégié de la Fondation qui usurpait le nom de Marc Bloch laisseront eux leurs noms accolés à ceux de Bernard Lugan, universitaire FN de Lyon et membre de jurys récompensant des thèses négationnistes, de Jean-Paul Cruse créateur de Libération, auteur d'un article "Vers le Front National" puis nègre du capitaine Baril et soutien, de Patrick Gofman ancien dirigeant trotskyste (OCI) qui a basculé vers le FN puis le journal mégrétiste Le Français...

    Minute

    Thierry Séchan, éditorialiste de Minute.

    Patrick Gofman, qui milita longuement à L'O.C.I. (Organisation Communiste Internationale) avant de se mettre au service des chefs du Front National, a joué un rôle important dans le basculement de nombreux intellectuels, en les amenant à accorder des entretiens au mensuel néo-fasciste Le Choc du Mois dès la fin des années 80. L'un de ses plus fidèles vis-à-vis fut Edward Limonov, un dissident soviétique qui bénéficia d'une vaste campagne de solidarité, dont je fus partie prenante, quand le gouvernement traînait les pieds pour lui accorder la protection de la nationalité française. Limonov donnera sa pleine mesure en participant aux combats en Abkhasie, en Transnistrie, en Krajina, en Bosnie. Il n'hésitera pas à déclarer :

    "L'arme donne à chaque homme un sentiment de force, de liberté. La guerre exerce une attirance gigantesque. En tant que participant à cinq guerres (Slovénie, Moldavie, Bosnie, Abkhasie, Krajina) je peux dire sans hésiter que la plupart des hommes éprouvent un grand plaisir en combattant. Moi-même, avec une mitraillette, parmi mes collègues armés, je respire l'odeur de brûlé, la puanteur des cadavres, la pisse, et je me sens beaucoup plus libre qu'à Paris. J'ai toujours eu l'instinct d'agression, et grâce aux guerres, je peux le satisfaire".

    Dans son journal La Sentinelle assassinée, paru à L'Age d'Homme, il raconte une visite d'inspection en compagnie de Radovan Karadzic sur les hauteurs d'où les Serbes pilonnent Sarajevo.

    "Un gars tire à la mitrailleuse légère sur une cible que nous ne voyons pas. La bande se raccourcit à vue d'oeil. Le gars m'aperçoit. Il se lève. "Tu veux tirer?" Je me couche derrière la mitrailleuse. La bande se raccourcit, la crosse trépidant dans le creux de l'épaule. Je m'exclame : "Pour la Serbie". Et il conclut son chapitre sur un survol de la Bosnie dans un hélicoptère d'attaque. Après l'atterrissage, le chef de la république serbe auto-proclamée de Pale s'éloigne:
    "Je lui fais mes adieux sur un aérodrome militaire de Belgrade, sombre et désert. Mes voeux de victoire, Radovan Karadzic".

    Pétition rouge-brune dans la Grosse Bertha, un hebdo satirique racheté par l'extrême-droite.

    Patrick Besson, avant de se recycler à Marianne, était de nombre de combats de l'extrême-droite. Pour lui, l'antiracisme, "c'est une sorte de passeport magique, vachement tentant pour un mec qui a des choses à se reprocher. Si vous n'avez pas de talent, d'un seul coup, vous êtes considéré. Pas mal d'ordures se cachent parmi les antiracistes. Exactement comme les crapules qui se précipitant à Monaco pour ne pas payer d'impôts". (Cinérevue, 26 mars 1998). C'est sans aucun doute sa volonté de promouvoir un véritable antiracisme qui l'a conduit à écrire, dans Le Viol de Mike Tyson, concernant les positions amoureuses: "La femme noire se met naturellement à quatre pattes alors que la femme blanche hésite"...

    Le viol est l'une de ses obsessions. Dans son "Coup de gueule contre les calomniateurs de la Serbie", il n'hésite pas à prétendre qu' "après la chute du Mur de Berlin, les jeunes femmes russes et polonaises sont entrées sans difficulté dans la prostitution car elles avaient déjà l'habitude de coucher avec plusieurs hommes dans la même journée, voire dans le même lit".
    Cette attaque de chapitre va lui permettre, quelques pages plus loin de se lancer dans une démonstration visant à nier la réalité du viol massif des femmes bosniaques.

    "Paraît aussi qu'ils violent des femmes. Les viols, on ne les voit pas, mais on entend le témoignage gratiné des femmes violées. Le Croate et le Musulman, ils sont un peu colère: pendant qu'ils s'emmerdent dans leur carrée, le Serbe prend du bon temps. Qu'est-ce qu'il leur reste, à eux? Thé à la menthe pour le Musulman, slivovitz pour le Croate. (...) Vous parlez d'une vie de soldat. Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient, Klujic et Izetbegovic. Ils pourraient aussi, tant qu'ils y sont, leur filer des travaux de broderie. Quand ils pensent, le Croate et le Musulman, que le Serbe n'a pas violé une femme, mais 60 000 (soixante mille), ils en sont malades. Soixante mille femmes violées (quelqu'un a-t-il déjà noté que l'anagramme de violée est voilée) par les soldats serbes".

    Violée, voilée... Tout est dit, ou presque. Au coeur d'un autre chapitre, Besson s'en prend aux médecins de Première Urgence présents en Bosnie. D'après lui, ils dépriment en ne disposant que d'un ou deux livres pour tromper leur ennui: "Les humanitaires font le compte de ce qu'ils ont à lire: deux livres de Pierre Bellemare, un point, c'est tout. Pas terrible. Ils auraient quand même pu penser à prendre, avant de quitter la France, un petit Finkielkraut chez Arléa, un Lévy en Livre de Poche, un Bruckner en Points-Seuil, un Kouchner en France-loisirs".

    Charlie Hebdo, 13 janvier 1999.

    L'antisémitisme allusif n'est pas le genre préféré de Marc-Edouard Nabe, un très bon ami de Patrick Besson. Ils collaboraient ensemble à L'idiot International, quand Jean-Edern Hallier ne craignait pas d'y décrire ainsi les juifs : " Arrogants, haineux, installés bien au chaud parmi les courtiers en morve et en choléra du lobby américain, leur vulgarité haineuse n'est jamais allée aussi loin dans l'histoire de l'abjection humaine. (...) On les voit ressortir de partout, de tous les égouts, les radios, les télés, les journaux. La main dans la main avec le Front National, ce sont les zombis du lumpen-fascisme. Autrefois ils étaient bijoutiers, flics, huissiers, usuriers, contrôleurs d'impôt. par tous les moyens, ils essayaient d'humilier et de voler les arabes". (N° 46, 30 janvier 1991). Il sera condamné pour incitation à la haine raciale.

    Marc-Edouard Nabe, protégé de Phillipe Sollers et habitué des émissions à prétention littéraire de Canal+, ne pouvait que se sentir à l'aise en pareille compagnie. En 1984, il avait fait paraître un pamphlet Au Régal des vermines chez Bernard Barrault, soutenu par Gilles Perrault qui publiait en même temps et chez le même éditeur Un homme à part consacré à Henri Curiel. Nabe y faisait pourtant profession d'ignoble, à visage découvert: "Barrault, il trouve qu'Au régal des vermines est assez bourré de dynamite comme ça. Il a commencé à sabrer, dans les vingt premières pages que vous ne lirez pas ici, les passages trop caricaturaux sur les rabbins, les hassidiques, les lamentés de toutes sortes, les cacher à phylactères... Avec plaisir on vous sort des petites esquisses méchantes à souhait de gros Bretons cons avec leurs chapeaux ronds, de nègres avec un os dans le nez, de Corses en sieste sous un arbre et on vous tient même les côtes que vous riiez bien décontracté! Un yiddish barbu à petites couettes en train d'enculer un cochon : ça ne passe pas, ça gêne, ça gêne. Instructif! 1984! Je note".

    Un peu plus loin, le délire antisémite atteint son apogée:
    "Dreyfus, Rothschild, Hitler, Exodus, Israël... Maintenant, ce qui est intéressant c'est Jérusalem Céleste. De la "question" juive raciale d'Hitler, on est passé au "problème" juif d'Israël, lentement on s'approche du Mystère hébreu, de la Genèse restituée si j'ose dire, la fantastique attente du Messie. Comprenez alors que le sort de l'humanité se joue dans cette bagarre de bicots enflammés". "Les croisades, l'humanisme, les rois, les révolutions, les guerres, le romantisme, l'art moderne, tout dans la dynamique de l'histoire est juif. Des premiers quolibets à la solution finale, rien n'a pu enrayer ce processus. Plus les ondes autour du Juif swinguent dans le néfaste, plus le monde est judaïque. L'archet juif touche tout ce qui est né sous le signe de Jésus. Depuis deux mille ans, il nous aurait été facile de nous débarrasser des Juifs, pas besoin d'attendre Hitler et ses gros sabots".

    Lors de sa sortie, ce livre fut défendu, au nom du style, par des plumes aussi différente que celles de Delfeil de Ton, Michel Polac, Patrick Besson, Gérard Guégan ou Frédéric Ferney. Jérôme Garcin eut, lui, le courage de dire ce qu'il en pensait.

    Pourquoi Bernard Pivot offrira-til sa tribune d'Apostrophe à Nabe qui l'utilisera pour lancer ses anathèmes? Ulcéré par le discours antisémite qui se donnait libre cours sur les écrans, Georges-Marc Bénamou se déplacera jusqu'aux studios d'Antenne 2 pour gifler le dandy, ce qui lui vaudra d'être appelé "Benamerde" dans le journal de Nabe. Il est vrai que le mentor de Nabe, Jean-Edern Hallier ne pouvait pas écrire Jean Daniel sans déraper sur Ben Sanisette. Comme tous les écrivains d'extrême-droite, Marc-Edouard Nabe empile ses livres et s'y juche dans la posture d'un Céline de sous-préfecture. Il consacre des dizaines de pages à rendre hommage à la voix de son maître:

    "Il n'est pas question de reprocher à Céline ses pamphlets, d'abord parce qu'ils ont été dictés, soufflés par l'un des esprits les plus sains, les plus fous de grandeur, par certainement l'écrivain français le plus noble, le plus humain, le plus irréprochable éthiquement, le plus utile, celui qui a vraiment risqué quelque chose, qui n'a pas eu peur de s'offrir à l'hallali pour prévenir les hommes, c'est-à-dire les espérer moins cons et moins salauds".

    Céline n'a pris que le risque de se réfugier chez ses protecteurs nazis, pendant qu'un poète qu'il avait dénoncé était assassiné. En mars 1941, Robert Desnos avait réussi à faire paraître dans l'hebdomadaire Aujourd'hui une critique négative du livre pro-nazi de Céline, Les Beaux Draps. Céline exigea de répondre dans le numéro du 17 mars 1941 pour le désigner à ses maîtres:

    "M. Desnos me trouve ivrogne, vautré sur moleskine et sous comptoir, ennuyeux à bramer, moins que ceci... pire que cela... Soit ! Moi je veux bien, mais pourquoi M. Desnos ne hurle-t-il pas plutôt le cri de son coeur, celui dont il crève imbibé... "Mort à Céline et Vivent les Juifs!" M. Desnos mène, il me semble, campagne philoyoutre (et votre journal) inlassablement depuis juin. Le moment doit être venu de brandir enfin l'oriflamme. Tout est propice? Que s'engage-t-il, s'empêtre-t-il dans ce laborieux charabia!... Mieux encore, que ne publie-t-il, M. Desnos, sa photo grandeur nature, face et profil, à la fin de tous ses articles?".

    Incarcéré à Compiègne, déporté en Allemagne puis au camp de Terezin, Robert Desnos y est mort en avril1945. Et il est encore de bons esprits qui, aujourd'hui, lorsqu'ils lisent sous la plume de Céline "Mort aux Juifs..." s'extasient sur ses géniaux trois points de suspension.

    J'y vois, quant à moi, la trace de la rafale.

    Voir aussi cette réponde

     

    Article de Jérome Garcin pour Coups d'épée dans l'eau - Le nouvel observateur - 1er juillet 1999

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    Article de Jérome Garcin pour Coups d'épée dans l'eau - Le nouvel observateur - 1er juillet 1999

    Article de Jérome Garcin pour Coups d'épée dans l'eau - Le nouvel observateur - 1er juillet 1999

    Marc-Edouard Nabe à l'oral - Un naïf byzantin

    Les écrits restent, les paroles s'envolent. Un auteur mal-aimé fait mentir le proverbe

    Marc-Edouard Nabe a publié, en 1998, un roman intitulé " Je suis mort". Le cadavre bougeait donc encore. Car, treize ans plus tôt, Nabe s'était suicidé, en direct, sur le plateau d'"Apostrophes". Il venait de signer son premier livre, "Au régal des vermines". Ce soir-là, il se dépensa pour être à la hauteur du titre, proclama : "J'ai la haine totale de l'humanité", et s'appliqua méthodiquement à le prouver pendant 90 longues minutes. Tant et si bien qu'un journaliste débarqua dans le studio pour lui casser et la gueule et que la Licra lui intenta un procès. Le fils de Zanini allait avoir 26 ans ; il venait de se faire un nom qui devait longtemps inspirer le soufre et la nausée.
    De Céline, Bloy, et Suarès, ses maîtres et modèles, Marc-Edouard Nabe a toujours tenu que l'exécration était un analeptique, que poser en martyr ajoutait à l'inspiration et donnait même du style. Visionnant, en 1995, l'émission de Pivot où il s'était immolé, Marc-Edouard Nabe, accablé par le spectacle de sa propre "extase masochiste", conclut : " Avec un peu d'habileté, j'aurais pu m'en sortir. J’étais à la fois trop innocent et trop coupable. Dix ans d'ostracisme pour trois phrases à côté, c'est cher payé, mais je ne regrette rien. Sans l'hostilité générale, je n'aurais pas pu écrire mes quatorze livres". En somme, le pire eût été pour lui qu'on l'aimât. car il aurait ressemblé aux autres, étouffés, dès la naissance par les bons sentiments, les prix littéraires et de grotesques adoubements.

     

    Christian Combaz cite Nabe dans une chronique - Valeurs Actuelles - 20 mars 1999

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    Christian Combaz cite Nabe dans une chronique - Valeurs Actuelles - 20 mars 1999

    Christian Combaz cite Nabe dans une chronique - Valeurs Actuelles - 20 mars 1999

    [...]
    Mais Dominique Jamet, Marc-Edouard Nabe, Stéphane Denis n'avaient pas envie d'aller jusqu'au premier sang, ni de donner dans le solennel. En somme ils n'ont pas voulu correspondre à l'idée que la gauche se fait d'eux.
    [...]
    Par exemple, Dominique Jamet parlait comme une machine à coudre encore plus que d'habitude, et Marc-Edouard Nabe, qui n'aime d'ordinaire ni les lieux communs ni l'emphase, s'est écrié, comme n'importe quel emploi-jeune au journal de 13 heures : "Si c'est pas malheureux d'arriver à l'an 2000 pour entendre ça !" Ensuite il a déclaré : "Il y a quelque chose de plus politique que le politique, c'est l'être humain", et même (négligence suprême pour un écrivain obsédé par les ridicules contemporains) "Je suis quelqu'un qui travaille sur le comique."
    Fumaroli sauve l'honneur
    Avant d'en subir davantage, Marc Fumaroli a rendu à cet auteur victime d'une erreur de casting un hommage mérité. Visiblement, l'académicien ne s'attendait à aucune reconnaissance. Au bon goût il joignait donc la sagesse, allant jusqu'à faire croire qu'il était là pour cautionner la jeune garde.
    [...]

     

    Françoise Giroud joue au prof de lettres- Le Nouvel Observateur - 18 mars 1999

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    Françoise Giroud joue au prof de lettres- Le Nouvel Observateur - 18 mars 1999

    Françoise Giroud joue au prof de lettres- Le Nouvel Observateur - 18 mars 1999

    La télévision par Françoise Giroud
    L'insolence ne suffit pas
    Quel régal qu'un vrai talent de pamphlétaire. Encore faut-il que la cible soit digne d'exciter la plume. Ce n'était pas toujours le cas, l'autre soir, chez Pivot.

    (…)
    L'insolence est une disposition de l'esprit. Encore lui faut-il des cibles dignes d'exciter la plume. Alors elle a sa place en littérature. Bernard Pivot a réuni quelques insolents. Dominique Jamet, redoutable pamphlétaire, a écrit au lance-flammes une lettre à Jacques Chirac. Stéphane Denis, bonne plume qui peut être cruelle, s'est livré à des pastiches sous le nom de Manicamp. Marc-Edouard Nabe, qui est "contre la recherche scientifique, contre les préservatifs, pour Malcom X et Guevara", dit n'importe quoi mais avec talent. "Vous enfoncez des portes ouvertes", lui dit Marc Fumaroli attristé. lui venait parler d'un grand insolent, Chateaubriand, si grand que Napoléon a supporté, presque pardonné à ce petit écrivain qui le défiait ("le Poète et l'Empereur"). Mais il faut avoir un Napoléon pour susciter un Chateaubriand.

    F.G.
     

    Article sur K.-O. et autres contes dans Voici par Frédéric Beigbeder - 1999

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    Article sur K.-O. et autres contes dans Voici par Frédéric Beigbeder - 1999

    Article sur K.-O. et autres contes dans Voici par Frédéric Beigbeder - 1999

    Livres à mon humble avis

    "K.-O. ET AUTRES CONTES" de Marc-Edouard Nabe (Le Rocher), 324 pages, 135F.

    "UN JOUR, JE SERAI LATIN LOVER" de Marc Villard (L'Atalante), 168 pages, 60F.

    Des nouvelles nouvelles.

    Qu'est-ce qu'une nouvelle ? Un roman en plus court ? Un conte de fées sans fées ? Un poème en prose ? Un article amélioré ? Rien de tout cela ? Exact. Une bonne nouvelle nécessite un décor sans descriptions, des personnages campés en trois mots, des bribes de dialogues avec beaucoup de non-dits, du suspense et surtout une chute. La plus importante phrase dans une nouvelle est la dernière. C'est elle qui maintient l'édifice, elle dont on se souviendra, c'est vers elle que tend l'histoire. On pourrait presque définir la nouvelle comme "l'art d'amener la dernière phrase" (c'est de moi) : cette définition s'applique en tout cas aux maîtres de la brièveté que sont Maupassant, Morand, Fitzgerald, Dorothy Parker, J.D Salinger (pardonnez-moi de citer toujours les mêmes auteurs dans cette rubrique : c'est que les génies sont rares !). Certes, il existe des exceptions qui confirment cette règle : les moments de vie ("short cuts") de Raymond Carver ou les contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski sont des chefs d'œuvre sans chute, où la nouvelle tire justement sa force de l'absence de but, de cet exercice de funambulisme sans filet.

     
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